Skip to main content

Auteure : Katia Lambert

Collaboratrices : Ginette Bouffard, Corinne Harper et Line Lacaille

Corinne, une amie de mes filles, étudie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle devait trouver un sujet de recherche pour son cours de méthodologie en science humaine. Elle a choisi la question suivante : « Pourquoi les jeunes adultes boivent-ils moins d’alcool aujourd’hui? »

boire alcool

Son sujet de recherche m’interpellait grandement. Mes filles et moi avons eu quelques échanges à ce sujet. J’ai aussi posé la question à mes amies lors de soupers légèrement arrosés. Une petite coupe de vin aide aux échanges, n’est-ce pas?

L’une d’entre elles m’a répondu spontanément : « Ils n’ont pas les moyens de se permettre ces petits bonus de la vie. » Je dois avouer qu’à mes 20 ans, une bière dans un bar coûtait entre 2 $ et 3,50 $, plus le pourboire. Aujourd’hui, une bière coûte entre 6 $ et 10 $. Cependant, cette question semble plus complexe que le simple prix de la bière. Somme toute, cette opinion n’est pas à négliger.

Il y aurait une ensorceleuse qui rôde auprès des adultes âgés de 20 à 55 ans vivant à l’ère de l’électronique. De plus en plus, cette sorcière électronique toucherait également les personnes de 55 ans et plus. Selon les recherches de Corinne, la petite montre intelligente que l’on porte au poignet, et dont les nombreuses fonctions s’immiscent dans les habitudes de vie de son utilisateur, y serait pour beaucoup. Cette montre serait-elle la sorcière bien-aimée qui nous veut du bien ? Ou serait-elle plutôt la maléfique qui nous tend le piège de l’addiction ? Qu’en est-il vraiment ?

Cette montre intelligente peut pratiquement gérer votre vie : du réveil jusqu’au coucher, et même pendant votre sommeil. Elle vous fournit les statistiques de votre journée.

montre intelligente

« Vous avez mal dormi. Votre sommeil profond a été de courte durée. »

« Voici une suggestion pour votre petit-déjeuner. Il est bon pour vous et vous aidera à maintenir un poids santé. »

« Vous avez comptabilisé 12 000 pas aujourd’hui. Bravo! Mais si vous voulez atteindre votre objectif, vous devez augmenter votre intensité afin de dépenser davantage de calories. »

J’exagère un peu, mais à peine!

Cette démone de montre finit même par vous fidéliser. Elle vous permet de publier vos données de performance sur les réseaux sociaux. Quoi de plus valorisant que de recevoir des messages d’encouragement?

Je ne suis pas tout à fait contre. C’est bon pour l’estime de soi. Mais sommes-nous en train de perdre l’idée de nous entraîner et de performer pour nous-mêmes, et seulement pour nous-mêmes? De nous enrichir parce que nous nous sommes dépassés, sans nous comparer aux autres sur une application de performance?

Les statistiques montent en flèche lorsque nous nous comparons. L’utilisateur ou l’utilisatrice veut toujours en faire davantage. Cet appareil auquel nous sommes constamment connectés réussit à susciter ce désir de toujours faire mieux.

anxieux

Certaines personnes finissent par se perdre en oubliant de s’entraîner et de bouger dans la joie. Elles deviennent aliénées et anxieuses. Il est démontré que le fait de s’entraîner et de bouger quotidiennement pour soi-même, dans le plaisir, nourrit davantage l’estime de soi que la comparaison avec des personnes que nous ne connaissons souvent qu’à travers un petit écran de quelques centimètres.

Il est également démontré que cette approche favorise non seulement l’estime de soi, mais aussi la confiance en soi. Or, voilà quelque chose que cette montre ne pourra jamais mesurer à 100 %.

Selon Line Lacaille, travailleuse sociale et psychothérapeute, *l’estime de soi est un sujet très vaste, mais aussi très important. On distingue deux types d’estime de soi : l’estime de soi contingente et la véritable estime de soi.

L’estime de soi contingente : la personne fonde sa valeur personnelle sur ses réussites et sur le regard des autres. Elle a besoin de reconnaissance ou de validation extérieure pour se sentir valable.

La véritable estime de soi : elle ne dépend ni des réussites ni des échecs. Elle est intériorisée et repose sur un sentiment de valeur personnelle qui s’est développé au fil du temps. Elle devrait être relativement stable, bien qu’elle puisse parfois être ébranlée par certaines expériences de vie. Cela est tout à fait normal. Toutefois, cette instabilité ne devrait être que passagère, puisque la personne possède déjà un solide fondement d’estime de soi véritable.

Qu’en pensez-vous?

retraite potosoco.k zipolite, mexique du 28 mars au 3 avril 2026Je souhaite que nous trouvions un équilibre entre l’évolution technologique et l’éducation de nos jeunes adultes de demain. Je comprends que les appareils électroniques de performance contribuent à augmenter la motivation à bouger, et c’est un grand bravo pour cela. Tant et aussi longtemps que c’est pratiqué dans la joie 😉.

Cependant, il faut laisser aux jeunes parents l’espace nécessaire pour apprendre à leurs enfants à s’amuser, à s’aventurer, à vivre des échecs sans attendre une validation externe. Bien sûr, les parents demeurent les premiers bâtisseurs de la confiance en soi de leur enfant, par la qualité de leur présence, leurs encouragements et leur soutien au quotidien. Mais, ne faut-il pas aussi donner les outils nécessaires pour que l’enfant se valorise lui-même ? Selon moi, cela constitue la base d’un futur adulte responsable, équilibré et heureux.

maman et enfant

Line Lacaille parle du reflet juste dans le développement de l’enfant. Elle mentionne que l’enfant n’a pas besoin qu’on l’admire et qu’on l’adore. Il a simplement besoin d’être aimé tel qu’il est.

L’enfant a besoin de ses parents pour se construire une image de lui-même. Lorsque le parent lui renvoie des reflets justes de son identité et l’aime tel qu’il est, l’enfant développe une perception de lui-même qui est réaliste et équilibrée. Ce reflet juste lui permet de grandir avec une vision de lui-même suffisamment juste ainsi qu’une estime de soi suffisamment solide pour qu’il se sente « assez bon ». En anglais, on utilise l’expression good enough.

Lorsque le reflet juste fait défaut, l’enfant peut développer, tout au long de sa vie, différents comportements visant à compenser ce manque, comme la recherche constante de performance ou le besoin d’attirer le regard des autres. Ces comportements servent alors à « patcher » une estime de soi véritable qui ne s’est pas suffisamment développée.

Il faut toutefois faire une distinction importante : un enfant peut aimer performer sans pour autant manquer d’estime de soi. Cependant, lorsque ce besoin devient excessif, il peut être le signe d’un manque à combler.

Comme le souligne Line Lacaille : « On devrait s’aimer en toutes circonstances. Mais ce n’est pas si simple que ça ! »

Je vous invite à lire l’article suivant d’Alex Cyr, « Les influenceurs sur la longévité promettent de reporter la mort. » du « The Walrus Canada’s conversation ». À sa lecture, j’étais loin de me douter que nous en étions rendus à ce point accros à la performance dans toutes les sphères de notre vie. On peut bien devenir des adultes anxieux!

Cliquez sur l’image.

espérance de vie

Merci à Ginette Bouffard pour le partage de cet article du «The Walrus».

Merci à Corinne Harper étudiante à l’université de Trois-Rivières. Son sujet de recherche est très d’actualité. Il est important d’en parler.

Merci à Line Lacaille. Elle explique tellement bien. J’ai pu mieux comprendre certaines différences au sujet de l’estime de soi.

*Line Lacaille prépare un balado de 12 épisodes sur le sujet de l’estime de soi.

Katia Lambert, Kinésiologue

KatiaKin

→Pour m’écrire